Archives mensuelles : février 2014

Apple, ou quand l’objet devient mythe.

Nous avons évoqué il y a de cela quelques semaines en cours la notion de réification dans les sociétés industrialisées. Ce thème repose sur l’idée de prendre un objet et de l’élever au niveau de mythe. Le meilleur exemple pour illustrer ce terme est, selon moi, les produits de chez Apple.

Avez-vous déjà ouvert un produit Apple ? Que la réponse soit positive ou négative, il faut avoir en tête que cela est un moment très solennel. L’emballage est beau, épuré, vous ouvrez méticuleusement la boîte car, allez savoir pourquoi, vous voulez à tout prix la garder, et là vous vous trouvez face à votre MacBook, iPod, iPad, etc. Il est là, seul sans son emballage aux lignes simples qui veut que tout ce que vous voyez ça soit le produit. Ils ont bien pensé leur affaire non ?

Encore mieux pensé, les discours de présentation et de lancement de produits réalisés par Steeve Jobs. Le cofondateur et directeur général de l’entreprise californienne menait avec une assurance impressionnante les conférences ayant pour but de présenter les nouveaux produits. Seul sur la scène avec un discours bien huilé, Steeve Jobs avait l’art et la manière de vous démontrer par a + b que le dernier produit de son industrie avait tous les atouts que vous recherchiez. Avait-il raison ou tord, là n’est pas le débat. Ce qu’il faut retenir, c’est que par ces conférences nous pouvons encore noter un phénomène de réification. Par les discours de Steeve Jobs, les produits de la marque Apple relèvent du mythe et sont intentionnellement élevés à ce rang. On pourra dire tout ce qu’on veut, au niveau communicationnel c’est plutôt intelligent et efficace.

Recherche de statut social, de la reconnaissance ou encore du bonheur, il est peut être possible de dire que certains des consommateurs des produits Apple poursuivent en effet ces différentes quêtes. Parce que la communication et le marketing sont bien menés, parce que les produits sont de qualité, parce que l’individu retire une certaine satisfaction de posséder un produit Apple ; honnêtement la raison personnellement m’importe peu. Ce que je retiens, c’est que l’on accorde très certainement trop de suprématie aux produits de chez Apple, que la réification qui existe dans cette industrie est exagérée mais que, mine de rien, les conférences de Steeve Jobs restent le meilleur des exemple pour tout futur communiquant.


Scandal is the new normal

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« La vie professionnelle et personnelle d’une experte en relations publiques, Olivia Pope, particulièrement réputée pour sa gestion des crises, et de son staff, composé d’avocats débutants et confirmés, d’un expert en litige, d’un hacker et d’une détective. Fitzgerald Grant, le président des États-Unis, est un vieil ami d’Olivia qui demande son aide lorsqu’une de ses assistantes fait courir le bruit qu’ils couchent ensemble. Et ce n’est que le début d’un scandale bien plus grand aux répercussions désastreuses… »

Voici le pitch de cette série cataloguée dans les genres « drame » et « judiciaire », créée en 2012 par une certaine Shonda Rhimes, rendue célèbre notamment grâce à l’un de ses bébés : « Grey’s Anatomy ». Comme son nom l’indique, la série, qui en est actuellement à sa troisième saison, base son intrigue sur les esclandres politiques qui sévissent sur Washington, et en particulier au sein même de la Maison Blanche.

ScandalSon personnage clé, Olivia Pope (joué par Kerry Washington), brillante et talentueuse jeune femme, œuvre en communicatrice de génie pour résoudre les problèmes plus extravagants les uns que les autres que lui soumettent ses riches clients. A côté de cela, elle entretient une passion dévorante avec Fitzgerald Grant (campé par Tony Goldwin), le Président des États-Unis (rien que ça) dont elle a d’ailleurs contribué à l’élection, de façon plus ou moins honnête et légale…

En bref, entre scandales sexuels, relations publiques douteuses et manigances politiques, la série nous présente l’élite de la société sous son plus mauvais jour. De plus, la façon dont sont utilisés les médias pour dissimuler tous les « vilains petits secrets » des grands de ce monde conduit à de nombreuses interrogations… Il est d’ailleurs difficile de ne pas remarquer la ressemblance troublante qui subsiste entre les premiers épisodes de cette série et le film « Wag the Dog » (ou « Des hommes d’influence » en français).

affiche_Hommes_d_influence_1997_1L’histoire de ce dernier débute effectivement avec le comportement inapproprié du Président envers une jeune fille, qui menace d’éclater au grand jour à deux semaines à peine des élections. Le Bureau Ovale fait alors appel à une équipe de choc afin de dissimuler la vérité et détourner l’attention du public. Leur solution : créer une vraie fausse guerre en Albanie et faire passer le Président pour un véritable héros.

Nous ne pouvons donc pas le nier, les hommes politiques sont avant tout des êtres humains, ils ne sont pas parfaits et possèdent chacun leurs « petits » travers. Mais si l’intransigeance dont nous faisons preuve à leur égard peut engendrer des déformations de la vérité, la façon qu’ils ont de profiter de leur pouvoir et de leur influence pour la travestir à leur aise afin de couvrir la moindre de leurs erreurs est plus difficilement acceptable.

Nous pouvons finalement faire, à ce sujet, un parallèle avec la pensée de Debord concernant la « société du spectacle ». Comme il le dit si bien : « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui est directement vécu s’est éloigné dans une représentation ». On a donc, au sein de nos sociétés modernes, une déréalisation de la vie politique, avec une manipulation exacerbée de l’information et du public, dans le but de dissimuler une vérité dérangeante…


Big Brother dans votre poche ou votre bureau.

La semaine dernière l’Architect nous a soumis un article au titre plutôt évocateur : « Big Brother, quand 1984 n’est plus qu’un livre ! » Son contenu ? Le côté de plus en plus intrusif des nouvelles technologies et la surveillance par ces dernières qui se veut grandissante. L’Architect nous a donné une excellente aperçue de ce phénomène à travers différents exemples.

Bien que la surveillance et le côté intrusif qui se veut particulièrement présent inquiète la majorité de la population, ceci ne fait-il pas partie du jeu ? Je veux dire par là que avancée technologie et intrusion ou encore omniprésence ne sont-ils pas intiment liés ? Si vous y réfléchissez bien, combien de fois par jour consultez-vous votre téléphone, ou encore votre ordinateur ? Combien de minutes ou encore d’heures passez vous durant votre journée avec ces technologies ? Ils sont devenus presque partie intégrante de notre identité, et il faut le reconnaître, le meilleur moyen pour nous suivre. Et d’une certaine manière nous le voulons bien ! Pensez à Facebook, vous pouvez gérer votre paramètres de géolocalisations par exemple, il n’y a aucune obligation quant au fait que tout le monde sache que vous vous trouvez à l’instant T à Rouyn-Noranda !

Après, pour en revenir aux propos évoqués par l’Architect, il faut reconnaître que dans certains domaines il semblerait qu’il n’y ait plus de limites. Vous insultez votre Xbox et vous recevez un avertissement voir vous êtes exclu temporairement, sérieusement ? Et si je me mets à insulter mon ordinateur quand Illustrator plante, il va m’interdire de m’en servir pendant plusieurs jours ? Nous ne sommes plus face à des machines mais à des sortes d’humains technologiques.

Revenons à des propos plus sérieux. La surveillance à travers tout ces petits bijoux de la technologie se veut grandissante, nous sommes d’accord, mais n’est-il pas de notre devoir de s’en protéger aussi un tant soit peu et de prendre garde aux informations que nous transmettons. Bien entendu, nous ne pouvons pas tout contrôler mais il existe des actions simples afin de « limiter les dégâts ». En plus de cela, de plus en plus d’entreprises se lancent dans la création d’outils pour contrer ce phénomène d’intrusion, peut-être devrions nous nous pencher sur la question.

Bien que devenus quasi indispensables, tout ces outils qui nous sont familiers sont de plus en plus regardés d’un mauvais œil.

Alors, smartphones, réseaux sociaux, services de commandes en ligne, amis ou ennemis ?


Phonebloks : Pied de nez à l’obsolescence programmée ?

Obsolescence programmée : Stratégie visant à réduire la durée de vie d’un produit pour augmenter son taux de remplacement et provoquer un nouvel achat prématurément.

Phonebloks : Petit bijou technologie annoncé en septembre 2013 risquant potentiellement de révolutionner le mode de consommation des smartphones.

En effet, l’automne 2013 a été marqué par un nouveau concept de téléphone, sorti tout droit de l’imagination débordante d’un jeune néerlandais de 25 ans. Le designer Dave Hakkens a d’ailleurs posté une vidéo (ci-dessus) démontrant toutes les possibilités de cette idée révolutionnaire. Il a également mis en place un site dédié afin de récolter un maximum de dons et de soutiens avant la fabrication de sa nouvelle trouvaille.

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Phonebloks est donc une sorte de smartphone « Lego », dont toutes les pièces seraient interchangeables et remplaçables au besoin. Ainsi, plus d’obligation de changer son téléphone car une pièce s’avère usée, dysfonctionnelle ou tout simplement brisée lors d’une mauvaise chute. Les composants qui coûtent souvent plus cher que le produit fini en tant que tel pourront être changés à moindre coût.

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Par ailleurs, les smartphones seront entièrement personnalisables. Par exemple, pour les accros de la photo, des objectifs plus élaborés, plus coûteux mais de meilleure qualité, pourront être ajoutés au téléphone de base. Pour les itinérants, il est également possible d’investir dans une batterie de plus longue durée ou dans des connectiques internet plus performantes… Voire même, pour les plus technophobes, de laisser tomber tous les « gadgets » superflus en ne gardant que les fonctionnalités initiales, pour un téléphone ne servant, pour une fois, qu’à… téléphoner.

Ce produit s’adresserait donc à un très large public d’initiés et permettrait de répondre à plusieurs des problématiques posées par la consommation actuelle des smartphones. L’un des points forts de ce concept est notamment qu’il permet de garder un appareil puissant et endurant plus longtemps. Il réduit ainsi la quantité de déchets électroniques et les dépenses en téléphonie mobile des ménages.

Cependant, si l’idée est lancée, il reste encore de nombreux défis technologiques à relever avant sa mise sur le marché. Si les techniques de connectiques sont déjà utilisées par la plupart des constructeurs, la compatibilité des différents logiciels intégrés aux composants risque de poser quelques problèmes. Il faudrait une homogénéité parfaite entre les softwares utilisés pour ne pas contraindre les usagés à changer de puce ou de « bloc principal » lors d’un nouvel achat de pièce, ce qui remettrait en cause tout l’aspect « écologique » revendiqué par son inventeur.

De plus, on peut s’interroger quant aux prix et à la durée de vie des différents composants. Combien cela nous coûtera-t-il d’équiper notre Phonebloks comme les smartphones équivalents déjà présents sur le marché ? Afin de booster la rentabilité de cet audacieux projet, les principes de l’obsolescence programmée seront-ils vraiment laissés de côté ou simplement répartis entre les différentes pièces de l’appareil ?

Enfin, la lutte contre la surconsommation de smartphones sera-t-elle vraiment efficace ? Car si nous prenons davantage de plaisir à désirer quelque chose qu’à l’obtenir, comment allons-nous réagir face à ce produit visant à devenir « intemporel » ? Saurons-nous résister à l’appel de nouveaux « bijoux » électroniques et à leur marketing exacerbé ? Et comment réagira la concurrence face à une telle innovation ? Chercheront-ils à baisser les prix de leur marchandise ou à créer des produits similaires ? Pour le moment, seuls Google et sa filiale Motorola auraient établis de sérieux contacts avec Dave Hekkens à travers un projet nommé Ara, à voir donc si le partenariat se concrétise et quelles seront les réactions d’Apple, Samsung, Sony et autres… lors de la sortie officielle du « Phonebloks ».

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Pour finir, nous pouvons évoquer Jean Baudrillard et sa réflexion concernant les gadgets dans son ouvrage sur la société de consommation. Comme il le dit si bien, il faut savoir « déterminer où s’arrête l’utile et où commence l’inutile ». Mais si quelque chose devient soudain trop utile, trop longtemps, quelles en seront les conséquences ?


Quand la télévision nous donne « l’illusion du choix ».

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Bien loin de la télévision française et de toutes les émissions qu’elle nous propose depuis maintenant plusieurs mois, j’ai dû me remettre à regarder les grilles de programmes il y a de cela quelques semaines pour un projet. Et quelle n’a pas été ma surprise quand nous avons évoqué il y a quelques jours en classe la notion d’illusion du choix d’être frappée par le fait que la télévision française applique ceci à tout va. Je m’explique…

Avec la télévision numérique (plus communément appelée TNT), on ne dispose pas moins de 39 chaînes ! Si vous êtes équipés du câble, on doit en compter plus d’une centaine. Mais pour la majorité, 39 chaînes avec des programmes du matin jusqu’au soir, en zappant d’une chaîne à l’autre, vous pouvez littéralement passer votre journée devant la télévision. Face à un tel panel, on pourrait se dire que le choix est vaste et qu’on peut regarder à notre guise des émission bien différentes les unes des autres. Laissez-moi rire et réfléchissons un peu.

Bien que possédant des titres, des présentateurs, des heures et chaînes de diffusion différents, n’avez vous pas le vague sentiment de toujours regarder la même chose ? Prenons un exemple que j’affectionne tout particulièrement pour avoir effectué de nombreux travaux dessus : la télé réalité. Dans le fond, c’est quoi ? On réunit des gens qui ont un soi-disant but ou objectif, on les met tous dans une jolie maison, on les filme et on tente de nous montrer ce qu’il se passe (tout en sachant qu’une journée de 24 heures est résumée en 30 minutes mais ça c’est encore une autre affaire). Qu’ils cachent des secrets, doivent survivre sur une île, devenir chanteur ; les faits restent les mêmes : on les filme et on diffuse.

Il en va de même pour toutes ces émissions qui se veulent révélatrices de talents : The Voice, la Nouvelle Star ; nous regardons ici continuellement des personnes qui viennent pour devenir célèbres et tenter de faire carrière. La chaîne est différente, le format et le concept diffèrent légèrement, la finalité est la même. Ce n’est peut être pas pour rien que les candidats recalés à The Voice se présentent à la Nouvelle Star ou inversement…

Une grande majorité des programmes que je qualifierai de divertissement relèvent de ce constat. Rajoutons à cela la concurrence qui plane au dessus de toute cette affaire, les différentes chaînes et sociétés de production ayant conscience de ces très grosses similitudes entre les programmes, jouant d’ailleurs sur ces similitudes, et cherchant à être le meilleur, celui qui fera le plus d’audience et donc rapportera le plus d’argent. Le spectateur importe peut être peu dans tout ça, l’important c’est le profit ; business is business.

Pour beaucoup de chaînes donc, nous nous retrouvons face à une grille de programmes qui se veut peuplée de copies. Une copie de l’émission de la chaîne concurrente ou encore d’une émission datant de quelques années auparavant.  A partir du moment où un concept marche, autant l’exploiter au maximum… Mais reste -t- il encore un choix là dedans ? Si ce n’est celui de choisir TF1 plutôt que M6…

Dans le fond, on devrait peut être réfléchir sur cette citation d’Alain Finkielkraut, écrivain français, quand on pense à la télévision : « Avec la télévision, il n’y a plus qu’un flux permanent, un ruissellement ininterrompu, tout coule et rien ne reste. L’œil ne contemple plus, il avale. «