Contre l’exploitation abusive des idées…

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Cette semaine, j’ai décidé de revenir sur les propos tenus par The Architect, dans son blog. Son dernier article traite, en effet, des franchises cinématographiques (telles que Star Wars, James Bond…), de leur exploitation quasi-sempiternelle et des retombées financières, sociales et culturelles qui en découlent.

Comme mon collègue, je suis d’accord pour reconnaître qu’il vaut mieux éviter de juger une œuvre avant même qu’elle ne soit produite. On ne peut pas se lamenter, par exemple, sur le fait que Disney ait racheté les droits de la Guerre des Étoiles avant même d’en avoir vu le résultat. On ne peut pas non plus blâmer les firmes telles que Marvel, qui tente, aussi longtemps que possible, de profiter du filon inépuisable que constituent les super-héros américains, sources indéniables de recettes et de bonnes places au box-office.

Il est également vrai que certaines séries de films, certains mythes cinématographiques font partie aujourd’hui de notre héritage culturel, si ce n’est de notre histoire personnelle… Qui n’a jamais dit d’un film qu’il l’a vraiment marqué(e), qu’il (ou elle) en est ressorti(e) bouleversé(e) ? Si ce n’est pas le cas de toutes les « œuvres » cinématographiques, de tous les genres ou de toutes les époques, on ne peut pas nier le fait que les émotions véhiculées produisent souvent en nous un ressenti, une empathie particulière… Certaines d’entre elles ne nous laissent pas indifférents et peuvent même nous aider à grandir ou à percevoir certaines choses, jusque là ignorées ou méconnues. Elles composent également des souvenirs, bons ou mauvais, lorsqu’elles sont reçues en famille, entre amis… dans des moments de partage et de complicité, ou de tristesse et de regrets…

Je suis finalement la première à dire qu’il peut y avoir du bon dans tout film, quel que soit son sujet et sa manière de l’aborder. Si je suis ce qu’on peut qualifier de « bon public », je pense qu’il faut, quoi qu’il en soit, apprendre à être tolérants et garder l’esprit ouvert afin d’élargir son horizon d’attente et façonner ses propres goûts en matière de cinéma (comme dans beaucoup d’autres domaines).

Mais s’il y a bien quelque chose que j’ai beaucoup de mal à admettre et à supporter, c’est ce que l’on pourrait appeler « l’exploitation abusive des idées ». Lorsqu’un concept connaît un succès indéniable, il paraît normal, voire humain, de chercher à le mener le plus loin possible, dans le but d’en tirer un maximum (notamment en terme de profits et de renommée). Il devient cependant contre-productif, si ce n’est absurde, de dépasser les limites de ce que l’on peut tirer de l’essence d’une idée, jusqu’à ce qu’elle se trouve complètement asséchée et vide de sens.

Je souhaiterais parler, en particulier, des séries télévisées qui, même si elles ont connu un succès incontestable, ne cesse d’être produites malgré un indubitable essoufflement scénaristique et une baisse de l’intérêt du public au fil du temps. Si l’histoire qu’elles portent en elles ne peut se renouveler à l’infini, les producteurs décident tout de même de tenter le diable, quitte à décevoir leurs spectateurs… Et même si nous avons conscience que les scénaristes des séries télé travaillent dans des conditions difficiles, avec la plupart du temps un flagrant manque de temps, on voit souvent, au fil des saisons et des épisodes, leur imagination se tarir et conduire à des situations impossibles, à des lieux de la substance originelle de la série.

Je pourrais prendre comme exemple la série How I Met Your Mother, dont la neuvième et dernière saison ne cesse de me déconcerter. Pour donner une idée plus précise à ceux qui ne la suivrait pas, cette saison, dont déjà une quinzaine d’épisodes d’une vingtaine de minutes a été diffusée, n’a fait progresser l’intrigue que de 48h (dans la temporalité de la série). C’est à dire que 15 fois 20 minutes, soit 300 minutes, soit 5 heures au total ont été gaspillées en gags surannés et en discussions inutiles, laissant de côté tout l’humour et le dynamisme qui étaient au fondement de cette série…

Mais ce précepte peut tout aussi bien s’appliquer aux œuvres cinématographiques, et nous pouvons l’illustrer avec la trilogie de Bilbo le Hobbit. Suite au triomphe du Seigneur des Anneaux, les producteurs ont souhaité renouvelé l’expérience en découpant le roman de Tolkien en trois formats de 160 minutes, alors que, rappelons-le, le livre original ne dépasse pas les 300 pages… Si nous pouvons nous questionner sur le fait que les productions cinématographiques et télévisuelles possèdent ou non une « aura » comme le conçoit Walter Benjamin, il paraît évident qu’à trop les exploiter, elles finissent par en être totalement dépourvues…

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2 responses to “Contre l’exploitation abusive des idées…

  • The Prof

    Très bel argumentaire, fort bien articulé! Bon travail!

  • How I (Finally) Met Your Mother | Media-T!C Blog

    […] Après une jolie philosophie sur l’amitié éternelle à l’épreuve de la vie, la fin dégage un parfum de « déjà-vu » peu inspirant et peu enclin à l’affabulation… La conclusion laisse donc peu de place à l’imagination du spectateur et malgré un léger pincement au cœur pour cette page qui se tourne, on garde, à mon sens, le sentiment d’être resté sur notre faim… Mais que les fans se rassurent, une toute nouvelle série est en projet et porte déjà l’étonnant nom de « How I Met Your Dad », sur lequel je ne ferai aucun commentaire… […]

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